Hausse en 2025 des infections invasives à Haemophilus influenzae B chez les jeunes enfants
Publié le 31.03.2026
Aspects épidémiologiques
Bulletin de Santé Publique France
- Les infections invasives à Haemophilus influenzae sont en augmentation continue depuis le début des années 2000. Les taux d’incidence les plus élevés sont observés chez les nourrissons et les personnes âgées.
- Les souches non capsulées sont majoritaires chez les personnes âgées (85 % des cas en 2025) alors que chez les enfants âgés de moins de 5 ans, les souches capsulées sont plus fréquentes notamment le sérotype b (58 % des cas en 2025) et le sérotype a (17 % des cas en 2025).
- La vaccination contre Hib est obligatoire chez les nourrissons depuis 2018. La couverture vaccinale pour les trois doses de vaccins hexavalents a été estimée à 96 % à l’âge de 2 ans chez les enfants nés entre 2018 et 2021.
- Malgré cette couverture vaccinale élevée, le nombre de cas d’infection invasive à Hib chez les enfants âgés de moins de 5 ans a augmenté au cours de la période 2018-2024.
- En 2025, l’augmentation a été encore plus marquée, en particulier à partir du mois d’octobre 2025. Le CNR des méningocoques et Haemophilus influenzae a confirmé 62 cas d’infections invasives à Hib chez les enfants de moins de 5 ans en 2025 contre 34 cas en 2024, soit une augmentation de 82 %. À titre de comparaison, en 2018-2019, moins de 15 cas étaient rapportés chaque année.
- Une légère augmentation est également observée depuis 2020 pour le sérotype a même si le nombre de cas reste inférieur à ceux du sérotype b.
- La situation épidémiologique montre que Hib continue de circuler à bas bruit dans la population avec une saisonnalité marquée à l’automne. La majorité des cas d’infections invasives à Hib surviennent chez des enfants âgés de moins d’un an, ce qui confirme le risque plus élevé dans la première année de vie.
- Le risque d’infection sévère à Hib concerne tout particulièrement les nourrissons dans leur première année de vie non vaccinés ou n’ayant pas encore fini le schéma de vaccination.
- Comme les années précédentes, et compte-tenu des niveaux très élevés de couverture vaccinale, les cas observés sont principalement survenus chez des enfants à jour de leur vaccination (84 % des cas âgés de 6 à 11 mois et 81 % des cas âgés de 12 mois et plus). Treize échecs vaccinaux ont été identifiés en 2025, mais cela représente une minorité d’évènements par rapport au nombre d’enfants vaccinés (environ 5 évènements pour 1 million d’enfants vaccinés).
- Ces données soulèvent des questions sur l’immunité vaccinale actuelle contre Hib des enfants. Elles incitent à conduire d’autres études pour évaluer l’efficacité et la durée de protection du schéma actuellement recommandé pour les nourrissons.
Causes de l’augmentation d’incidence
Les causes de l’augmentation de l’incidence des infections invasives à Haemophilus influenzae de type b (Hib) en France, notamment chez les enfants de moins de 5 ans, sont multiples et complexes. Voici les principales hypothèses évoquées dans le document :
- Simplification du schéma vaccinal en 2013 : Le passage du schéma vaccinal de « 3+1 » (2, 3, 4 mois et rappel à 16-18 mois) à « 2+1 » (2, 4 mois et rappel à 11 mois) pourrait avoir réduit la protection conférée par la vaccination, notamment chez les nourrissons de 6 à 11 mois. La primo-vaccination avec seulement deux doses pourrait ne pas être suffisante pour induire une réponse immunitaire optimale.
- Circulation accrue de Hib : Une augmentation de la circulation à bas bruit de la bactérie dans la population pourrait entraîner une exposition plus importante, même chez les enfants vaccinés. Cela pourrait être lié à une diminution de l’immunité de groupe.
- Réponse immunitaire moins robuste : Une étude de séroprévalence a montré que les enfants ayant reçu le schéma « 2+1 » avaient des taux d’anticorps anti-Hib plus faibles que ceux ayant reçu le schéma « 3+1 ». Cela pourrait expliquer une protection moins durable et un risque accru de portage. Remarque: certains suggèrent que la vaccination hexavalente soit décalée à 3 et 5 mois chez l’enfant dont la mère a été vaccinée durant la grossesse (le décalage permet une meilleure réponse immunitaire).
- Facteurs individuels : Certains facteurs de risque, comme la prématurité, pourraient augmenter la vulnérabilité des enfants à ces infections.
- Interactions avec d’autres pathogènes : Des interactions avec des virus respiratoires, comme le virus respiratoire syncytial (VRS), pourraient jouer un rôle dans la sévérité et la fréquence des infections à Hib.
- Saisonnalité : Une recrudescence des cas est observée à l’automne, ce qui pourrait être lié à des facteurs environnementaux ou comportementaux.
- Absence de souche émergente : Bien que la caractérisation génomique des souches n’ait pas révélé de souche émergente associée à un échappement vaccinal, des clusters génomiques ont été identifiés, mais sans preuve de chaînes de transmission.
Ces hypothèses nécessitent des études complémentaires pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et adapter les stratégies de prévention, notamment en ce qui concerne le schéma vaccinal.