La Haute Autorité de Santé a mis en ligne le 7 mai 2026 une consultation publique auprès des organisations associatives et professionnelles sur une révision de la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques, concernant la place du vaccin PCV 20 chez l’enfant et la place du PCV 21 chez les sujets à risque et les adultes > 65 ans.
Le texte est long et fourni, nous en avons fait une synthèse (Claude AI made) que vous pouvez lire ici

Les différentes sociétés de pédiatrie, AFPA, SFP, GPIP, CNPP, SNPF,  ont décidé d’élaborer une réponse commune à cette consultation:

Position des sociétés savantes

Nous soutenons la position exprimée par la Commission technique des vaccinations et la Haute Autorité de Santé visant à privilégier le PCV20 chez le nourrisson, et le PCV21 chez les adultes âgés de plus de 64 ans ainsi que chez les adultes à risque. Nous exprimons notre plein accord avec cette orientation, qui apparaît cohérente avec les données disponibles d’épidémiologie et de couverture sérotypique des infections invasives à pneumocoque. De plus, ces recommandations ont le mérite de la simplicité pour les vaccinateurs pour une des vaccinations les plus difficile à comprendre et à appréhender.

Cependant, sans remettre en cause ces recommandations, nous souhaitons attirer l’attention sur plusieurs points susceptibles de justifier, à court ou moyen terme, une évolution des schémas vaccinaux proposés.

Vers un schéma nourrisson 3/5/11–12 mois ?

Le premier point concerne la possibilité d’utiliser, chez le nourrisson, un schéma vaccinal de type 3/5/11–12 mois. Nous avons bien conscience que l’autorisation de mise sur le marché européenne actuelle du PCV20 chez le nourrisson repose sur un schéma 2/4/6/12 mois, ce qui rend difficile, à ce stade, pour la HAS, de recommander officiellement un schéma différent. Néanmoins, plusieurs arguments scientifiques méritent d’être pris en compte.

Le caractère essentiel de la dose de rappel

Depuis plus de vingt ans, les données accumulées avec les différents vaccins pneumococciques conjugués montrent que, quel que soit le vaccin utilisé, le schéma retenu — 3+1, 2+1, voire 1+1 dans certains contextes — et l’âge de début de la vaccination, les concentrations d’anticorps mesurées après la dose de rappel, qu’il s’agisse des IgG mesurées par ELISA ou des titres fonctionnels mesurés par OPA, sont globalement comparables.
La dose de rappel induit non seulement des concentrations d’anticorps nettement plus élevées, à l’exception notable du sérotype 3, mais également une réponse de meilleure qualité, avec une maturation de l’affinité. Elle joue aussi un rôle déterminant dans la réduction du portage rhinopharyngé des sérotypes vaccinaux et, par conséquent, dans l’obtention d’un effet de groupe.
Dans le contexte français, l’excellente couverture vaccinale des nourrissons, renforcée depuis 2018 par l’obligation vaccinale, a profondément modifié l’écologie pneumococcique. Parmi les sérotypes inclus dans le PCV13, les seuls sérotypes encore détectés dans les infections invasives ou du portage chez l’enfant sont les sérotypes 3, 19F et 19A.

Age de primovaccination

La meilleure immunogénicité d’un schéma débutant à 3 mois plutôt qu’à 2 mois est par ailleurs connue pour plusieurs vaccins pédiatriques, y compris pour le PCV13. L’étude indépendante de Spijkerman et al. (1) ont montré qu’un schéma 3/5 mois induisait des réponses immunitaires globalement comparables à celles d’un schéma 2/4/6 mois, en dehors principalement des sérotypes 6A et 6B, pour lesquels les réponses étaient plus élevées avec le schéma comportant trois doses de primovaccination. Après la dose de rappel, ces différences s’atténuaient largement.

Pour le PCV 20 l’étude de Kline (2) présentée par Pfizer confirme globalement ces données. Le rapport de la HAS considérant les données de cette étude, signale que pour cinq sérotypes, la réponse immunitaire après la primovaccination est plus faible avec le schéma 3/5 mois qu’avec le schéma 2/4/6 mois. Cette observation est exacte, mais son interprétation doit être nuancée. D’une part, comme dans l’étude de Spijkerman, l’écart apparaît surtout pertinent pour les sérotypes 6A et 6B. D’autre part, pour les 13 sérotypes communs au PCV13 et au PCV20, les concentrations d’anticorps obtenues avec le PCV20 selon un schéma 3/5 mois restent supérieures à celles obtenues avec le schéma 2/4 mois du PCV13 actuellement utilisé en France.
Il convient également de souligner que ce sont principalement les sérotypes 3, 19F et 19A pour lesquels des échecs ou une moindre efficacité du PCV13 qui ont été les plus discutés. Ce sont donc ces sérotypes qui justifieraient le plus d’attention en cas de baisse d’immunogénicité liée au schéma de primovaccination. Or, pour ces trois valences, aucune diminution significative de l’immunogénicité n’est observée entre le schéma 3/5 mois et le schéma 2/4/6 mois dans les études disponibles. Dans l’étude de Kline (2), une supériorité immunologique statistique est même rapportée pour certains de ces sérotypes. Sans surinterpréter cette observation, elle va clairement à l’encontre d’une inquiétude spécifique concernant ces valences.

Vaccination maternelle durant la grossesse

Un autre élément doit désormais être intégré à la réflexion : la vaccination anticoquelucheuse pendant la grossesse. La proportion de femmes enceintes vaccinées augmente régulièrement et dépasse désormais 60 % selon les données les plus récentes. Or, cette vaccination peut diminuer la réponse anticorps du nourrisson après la série initiale, par un effet de blunting, non seulement vis-à-vis de certaines valences des vaccins dTcaP, mais aussi vis-à-vis de certains sérotypes pneumococciques, notamment les sérotypes 1, 3, 4, 5, 6A, 7F, 9V, 14 et 19A (3). Cet effet est biologiquement plausible, les vaccins pneumococciques conjugués actuellement disponibles utilisant le CRM197 comme protéine de conjugaison, proche de l’anatoxine diphtérique.

Plus la première dose de vaccin pneumococcique est éloignée de la naissance, plus le taux d’anticorps maternels transférés diminue, et moins l’effet de blunting est susceptible d’interférer avec la réponse vaccinale du nourrisson.
Cependant, il faut souligner qu’alors que la vaccination maternelle contre la coqueluche a été introduite dans de nombreux pays depuis plus de 10 ans cette baisse d’immunogénicité des VPC chez les enfants nés de mères vaccinées contre la coqueluche ne s’est accompagnée jusqu’à présent d’aucun effet clinique ni en termes d’infection invasives ni de portage (4). Ceci souligne une fois de plus, qu’une baisse modérée immunogénicité n’a probablement aucune conséquence clinique.

Les arguments développés ici n’ont donc pas pour objectif de s’opposer au schéma actuellement proposé, probablement contraint par l’AMM européenne, mais de veiller à ne pas déprécier dans l’argumentaire le schéma 3/5/11–12 mois. Celui-ci est certes un peu moins immunogène après la primovaccination pour quelques sérotypes que le schéma 2/4/6/12 mois, mais il apparaît au moins aussi immunogène que le schéma 2/4/11 mois actuellement utilisé en France avec le PCV13.
Dans le contexte français, marqué par une couverture vaccinale élevée et le rôle déterminant de la dose de rappel, ce schéma pourrait représenter, à terme, une option particulièrement pertinente. Nous considèrons qu’il devra être réévalué dès que les données immunologiques, cliniques et règlementaires seront disponibles. 

Enfants à haut risque : intégrer le PCV21 dès que possible

Le deuxième point concerne les enfants à haut risque d’infection invasive à pneumocoque. Le PCV21 dispose, depuis le 26 mars 2026, d’une autorisation pédiatrique pour les enfants âgés de 2 à 18 ans. Ce point devra naturellement être confirmé et intégré dans l’analyse réglementaire de la HAS.

Des données françaises très récentes, publiées en mars et avril 2026, portant à la fois sur des patients à haut risque d’infection invasive à pneumocoque et sur des enfants présentant des brèches méningées, montrent que le PCV21 pourrait apporter une couverture sérotypique complémentaire substantielle par rapport au PCV20, estimée entre 20 % et 40 % selon les populations étudiées (5,6).

Dans ces conditions, l’ajout du PCV21 dans la stratégie vaccinale destinée aux enfants à haut risque d’IIP, en complément du schéma proposé pour les enfants sans pathologie sous-jacente, constituerait une avancée importante. Cette option paraît d’autant plus pertinente que ces populations pédiatriques, restent numériquement limitées.
Une utilisation ciblée du PCV21 chez ces enfants ne devrait donc pas induire de pression écologique significative à l’échelle populationnelle, tout en améliorant potentiellement la protection individuelle de patients particulièrement vulnérables.

Maintenir une surveillance de haut niveau

Enfin, nous n’ignorons pas que l’introduction de nouveaux vaccins pneumococciques à valence élargie chez l’enfant s’accompagnera probablement, comme pour les générations précédentes de ces vaccins, d’évolution de la distribution sérotypique. Ces modifications sont attendues et devront être suivies avec attention.

À cet égard, nous souhaitons souligner la qualité du dispositif français de surveillance des infections à pneumocoque, notamment chez l’enfant. Ce dispositif repose sur Santé publique France, le Centre national de référence des pneumocoques dirigé par le Dr Emmanuelle Varon, ainsi que sur les différents réseaux pédiatriques impliqués dans la surveillance clinique, microbiologique et épidémiologique.

Une surveillance renforcée devrait également être envisagée pour les pneumonies de l’adulte, qui constituent le fardeau principal des infections pneumococciques. Dans l’immense majorité des cas, la preuve microbiologique de l’infection pneumococcique n’est pas obtenue et le sérotype en cause reste inconnu. Seule une surveillance épidémiologique structurée, comparable à celle qui a été développée en pédiatrie après l’introduction du PCV13 (7), permettra d’évaluer l’impact réel des nouvelles stratégies vaccinales sur ce fardeau clinique majeur.

L’ensemble de ces surveillances constituera un élément essentiel pour guider les adaptations futures des recommandations vaccinales, dans un champ où l’expérience des vingt dernières années a montré que l’écologie pneumococcique évolue rapidement, parfois plus vite que les recommandations elles-mêmes.

Conclusion

Nous soutenons pleinement l’orientation générale proposée par la CTV et la HAS en faveur du PCV20 chez le nourrisson et du PCV21 chez les adultes âgés ou à risque. Toutefois, plusieurs éléments plaident pour que le schéma 3/5/11–12 mois chez le nourrisson ne soit pas considéré comme une option inférieure, mais comme une stratégie potentiellement adaptée au contexte français.

De même, chez les enfants à haut risque d’IIP, l’utilisation ciblée du PCV21 à la suite du schéma complet par PCV20 devrait être envisagée dès que les conditions réglementaires le permettront.

La vaccination pneumococcique reste un domaine dynamique, fortement dépendant de l’épidémiologie sérotypique, de la couverture vaccinale, des effets de groupe et des interactions immunologiques avec les autres vaccinations du nourrisson. Les recommandations devront donc conserver une capacité d’adaptation rapide, appuyée sur une surveillance microbiologique et clinique de haut niveau.

Références

1)    Spijkerman J et al. Immunogenicity of 13-valent pneumococcal conjugate vaccine administered according to 4 different primary immunization schedules in infants: a randomized clinical trial. JAMA 2013;310:930-937. PMID 24002280

2)    Kline M et alSafety and Immunogenicity of 20-Valent PCV According to Number and Timing of Primary Series Doses. medRxiv 2025.12.23.25342907 ; posted 2 January 2026. doi:10.64898/2025.12.23.25342907 (preprint, étude post-hoc B7471012 et B7471011)

3)    Maertens K et al Pneumococcal immune response in infants whose mothers received tetanus, diphtheria and acellular pertussis vaccination during pregnancy. Pediatr Infect Dis J 2017;36(12):1186-1192. PMID 28399054.

4)    Levy C et al. Is the interplay between maternal Tdap and pneumococcal conjugate vaccines relevant to infant pneumococcal carriage? J Infect Dis. 2026 Apr 6:jiag200. doi: 10.1093/infdis/jiag200. Epub ahead of print. PMID: 41947300

5)    Cohen R et al IPD Study Group; Varon E. Will Extended-Valency Pneumococcal Conjugate Vaccines Offer Enhanced Coverage Against Invasive Pneumococcal Disease for At-Risk Children? Acta Paediatr. 2026 Mar 20. doi: 10.1111/apa.70503.

6)    Levy C et al. Epidemiology and Characteristics of Bacterial Meningitis of Children with Cerebrospinal Fluid Leakage or Cochlear Implant. J Pediatric Infect Dis Soc. 2026 Feb 4;15(3):piag015. doi: 10.1093/jpids/piag015.

7)    Angoulvant F et al Early impact of 13-valent pneumococcal conjugate vaccine on community-acquired pneumonia in children. Clin Infect Dis. 2014 Apr;58(7):918-24. doi: 10.1093/cid/ciu006. Epub 2014 Feb 13. PMID: 24532543.