Le sein ET les vaccins, c’est plus malin !
En bref : Le lait maternel offre une protection immunitaire non spécifique, principalement muqueuse, mais ne remplace pas la vaccination qui apporte une immunité spécifique et systémique. Les anticorps maternels transmis via le placenta protègent le nourrisson durant les premiers mois, mais cette protection diminue rapidement, rendant la vaccination indispensable dès le plus jeune âge. L’allaitement réduit le risque de certaines infections (bactéries muqueuses, virus respiratoires), mais son effet est limité ou nul contre les maladies graves et invasives. Les vaccins sont nécessaires pour assurer une mémoire immunitaire et une protection durable contre les infections sévères, même chez les enfants allaités. Opposer allaitement et vaccination est un non-sens : ils sont complémentaires et doivent être associés pour garantir la meilleure protection de l’enfant.
Rédaction: François Vié le Sage, Franck Thollot, Robert Cohen, Sandra Brancato
Le lait maternel est-il « le meilleur des vaccins » ?
« L’antivaxinalisme » est présent en France depuis longtemps mais ne concerne qu’une partie marginale de la population. Certains de ses leaders sont cependant très actifs et toujours en quête d’arguments disruptifs. Un de ceux qui ressurgit régulièrement est que le lait maternel protègerait contre les maladies infectieuses grâce à ses propriétés immunitaires et rendrait alors inutile les vaccins avant l’âge de deux ans ! Confirmée, cette hypothèse n’aurait pu qu’être accueillie avec enthousiasme par la communauté médicale. Malheureusement, cette allégation, dont on peut imaginer la motivation idéologique, n’est étayée ni par les données scientifiques, ni par l’expérience clinique et épidémiologique.
Les mêmes chantres de la non-vaccination reprochent aussi aux vaccins d’être « un crime immunitaire » sur des organismes immatures. Cela part du postulat que les vaccins dégradent ou freinent l’immunité du nourrisson. Les données épidémiologiques montrent le contraire. Grâce à la vaccination, 154 millions de décès ont été évités entre 1974 et 2024, dont 101 millions chez les nourrissons, avec un gain total de 10,2 milliards d’années de vie en bonne santé2.
Quelles sont les données scientifiques ?
En premier préalable, nous devons insister sur le fait que le lait maternel (LM) est effectivement l’alimentation du nourrisson la plus adaptée sur le plan nutritionnel, même si les substituts lactés pour nourrissons permettent d’assurer des apports nutritionnels adéquats. Le LM a aussi des propriétés antimicrobiennes, antivirales et immunomodulatrices. Il participe à la mise en place et à la maturation de l’immunité du nourrisson, dont c’est un puissant adjuvant naturel. Nous allons voir que ce n’est malheureusement pas suffisant pour être un substitut aux vaccins. Cette protection est en effet non spécifique et est localisée principalement aux compartiments muqueux. Elle ne saurait se substituer à une immunité spécifique et systémique, notamment celle obtenue par la vaccination.
En deuxième préalable, comment sont protégés les nouveau-nés et les nourrissons ? Voici quelques éléments basiques d’immunologie et de vaccinologie:
En termes d’immunité, quel que soit l’âge, deux systèmes se complètent.
L’immunité innée non spécifique
Barrière physique corporelle, chimiotaxie, opsonisation, phagocytose, etc… Ces défenses constituent la première ligne de défense face à une agression extérieure. Elle n’est pas spécifique et est rapidement débordée quand les pathogènes sont nombreux ou protégés de la phagocytose par différents mécanismes (capsule notamment). Elle n’est pas complètement fonctionnelle à la naissance. Cette immunité innée est plus efficace en cas « d’entrainement » au fur et à mesure des contacts antigéniques. On parle alors d’immunité innée entrainée. Il est facile de comprendre que chez le nouveau-né et le petit nourrisson ce phénomène soit encore très faible.
L’immunité acquise ou adaptative.
Elle est spécifique de chaque agent pathogène, de chaque antigène rencontré. En l’absence de stimulation spécifique préalable, elle est lente à s’installer, demandant une phase de plusieurs semaines de reconnaissance par les cellules immunocompétentes et de maturation. Cela peut laisser le temps à la maladie de se développer, voire de devenir létale. Elle aussi est immature à cette période de la vie. On distingue deux types d’immunité adaptative.
L’immunité humorale
Repose sur la production par les lymphocytes B d’Anticorps (Ac), ou immunoglobulines (Ig) spécifiques. Les principaux Ac sont les IgG, les IgM et les IgA. Parmi eux, les IgG constituent le pilier de la protection grâce à leur forte spécificité et leur capacité de neutralisation vis-à-vis des antigènes pathogènes (Ag).
Au cours d’une primo-infection, une partie des lymphocytes B activés se différencient en cellules B mémoires. Ces cellules persistent durablement et, lors d’une nouvelle exposition au même agent pathogène, elles orchestrent une production d’anticorps plus rapide, plus importante avec une meilleure affinité et avidité. Ce mécanisme correspond à la mémoire humorale, clé de la protection durable induite par l’infection naturelle ou la vaccination. Ces cellules B mémoires circulent dans le sang et les muqueuses à l’affut de la reconnaissance des agents pathogènes qu’ils ont déjà rencontré
L’immunité cellulaire
Complète cette défense. Elle repose notamment sur les lymphocytes T auxiliaires (Th) et cytotoxiques, dont une partie se différencie également en cellules T mémoires, garantes d’une réponse secondaire plus efficace(*).
Qu’il soit allaité ou pas, le nourrisson bénéficie initialement d’une certaine protection grâce à l’immunité adaptative de sa mère. Les IgG spécifiques circulants de celle-ci passent en effet la barrière placentaire. Les IgM et A passent très peu voire pas du tout le placenta.
Ce transfert est actif, spécifique des IgG (récepteurs FcRn**) et dépend du taux d’Ac circulants de la mère. Il débute dès la 14ème semaine de grossesse mais est important surtout dans le 3ème trimestre. A terme, le bébé a plus d’Ig spécifiques circulants que sa propre mère. Encore faut-il que cette future mère ait eu elle-même des Ac spécifiques à lui donner, que ceux-ci soient à un taux suffisamment élevé et que la grossesse soit arrivée suffisamment proche du terme.
(*) Chez le nourrisson la polarisation relative vers une réponse Th2 entraîne une moindre capacité à contrôles les pathogènes nécessitant une immunité cellulaire forte. Cela favorise la tolérance immunitaire du foetus vis-à-vis de sa mère, avec en contrepartie une vulnérabilité accrue aux infections intracellulaires sévères.
(**) Le FcRn est un récepteur spécialisé qui transporte activement les Ac IgG de la mère vers le foetus à travers le placenta. Il est spécifique des IgG, avec un processus variable selon les sous-classes d’IgG (IgG1>IgG3>IgG4>IgG2)
C’est l’intérêt de la vaccination maternelle en fin de 2eme trimestre de grossesse
Vaccinations Coqueluche, VRS, Grippe, Covid, ceci plusieurs semaines avant l’accouchement. Grace à cette immunisation maternelle, les Ac circulants de la mère vont d’autant plus augmenter qu’elle aura eu une immunité naturelle ou vaccinale antérieure. Cette injection a un effet rappel (booster) qui lui donnera des Ac plus abondants et ayant une meilleure affinité. Ce passage actif transplacentaire, assure ensuite une protection du nourrisson mais qui est, elle, passive. Passive car l’enfant ne reçoit que des Ac, comme s’il avait eu une injection d’Ig ; il n’est pas vacciné et il n’y a pas acquisition d’une mémoire. La protection devient faible ou inexistante après 6 mois, même allaité. Cela permet de couvrir la période la plus à risque pour la coqueluche et VRS, en particulier. Par contre, les Ac transmis pourrait entrainer un effet blunting (effet inhibiteur des anticorps maternels sur la production d’anticorps par le système immunitaire du nourrisson) sur la vaccination du nourrisson faite à 2 mois dont l’impact clinique n’est pas connu. Cet effet diminue l’immunogénicité du vaccin vis-à-vis de la coqueluche mais aussi contre le pneumocoque. Il diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’accouchement.
Vacciner, plus tard induit par contre une meilleure immunité non seulement grâce à une baisse du blunting mais aussi grâce à la maturation de l’immunité de l’enfant.
Néanmoins le choix de la date de la vaccination doit prendre en compte le risque d’infection pendant la période ou l’enfant n’est pas encore vacciné et où les anticorps de la mère le protège de moins en moins. Quand les mères sont vaccinées par le dTcaP pendant la grossesse une solution de compromis serait de reporter la vaccination hexavalente et pneumocoques à 3 mois et au contraire de faire celle contre le méningocoque B plus tôt, à 2 mois.
Ce transfert actif placentaire est donc essentiel et existe indépendamment de l’allaitement.
Alors que l’immunité adaptative transmise par la mère diminue de mois en mois, le nourrisson développe lentement sa propre immunité spécifique grâce aux « rencontres antigéniques », infectieuses ou vaccinales. Il existe ainsi un « creux immunitaire » dont le pic est autour de l’âge de 4-6 mois mais perdure au moins toute la première année.
Etant donné la lenteur de cette maturation, le nourrisson reste longtemps plus susceptible aux infections et doit être protégé dès que possible. Parallèlement, étant donné cette même immaturité immunologique, les vaccins, pour avoir une efficacité optimale, nécessitent souvent plus de doses avant 1 an qu’après 1 an.
Le nourrisson doit donc recevoir les vaccins assez tôt pour être protégé, mais pas trop tôt et avec parfois plus de doses.
Tout ceci a un impact direct sur le Calendrier Vaccinal du nourrisson. Pour les vaccins type hexavalent ou pneumocoque par exemple, l’âge de 2 mois (3 mois si la mère a été vaccinée) est un compromis qu’il ne faut pas retarder plus. Certains vaccins peuvent cependant être efficaces dès la naissance (BCG, Hépatite B, Polio oral). D’autres sont reportés un peu plus tard lorsque le risque de la maladie est un peu moins urgent, que le contexte épidémiologique (protection collective) l’autorise et que cela permette de faire moins d’injections.
A titre d’exemple, le vaccin contre les Méningocoque ACWY nécessite 2 injections plus 1 rappel s’il est fait avant l’âge de 6 mois, mais 1 seule dose plus rappel suffisent à partir de 6 mois. Vacciner à 6 et 12 mois permet d’éviter une injection. Le vaccin Haemophilus Influenzae nécessite 2 doses plus 1 rappel (2+1) s’il est fait avant un an, et 1 seule dose après 1 an, mais c’est dans la première année que le nourrisson a surtout besoin d’être protégé contre cette infection invasive grave. Pour la rougeole, l’expérience de foyers épidémiques récents montre que la protection donnée par ce vaccin vivant est moins bonne si la première dose avait été faite avant l’âge de 1 an. Les Ag vaccinaux vivants de ce vaccin nécessitent en effet une réplication qui est inhibée par les Ac circulants transmis par la mère in utero (sans qu’ils suffisent à une protection suffisante). L’existence de ces mêmes foyers montre qu’il peut pourtant être nécessaire de vacciner dès 9 mois, voire avant, car les formes du nourrisson sont particulièrement graves (période de risque maximum : 9-12 mois). Si la première dose de ce vaccin est faite avant l’âge de 1 an, il conviendra donc d’en refaire 2 autres après 1 an.
Autre exemple, le grand prématuré. N’ayant pas bénéficié des derniers mois de grossesse, il a eu beaucoup moins d’apport d’anticorps par transfert placentaire, alors que son système immunitaire est encore très immature. Il est donc encore plus fragile. Cette susceptibilité aux infections dure longtemps voire persiste à l’âge adulte. Les vaccins sont encore plus indispensables pour lui, allaitement ou pas. Il doit être vacciné en âge réel comme les enfants à terme et il doit même parfois recevoir, au moins pour les vaccins contre le pneumocoque, une dose de plus.
Le calendrier vaccinal est donc un compromis qui intègre des choix basés sur l’âge, le type de vaccin, des données épidémiologiques et des priorités de protection. Ensuite, d’autres facteurs environnementaux jouent sur son immunité, en particulier l’absence d’allaitement, le tabagisme passif, la pollution, l’exposition trop fréquente aux antibiotiques. La collectivité est un cas particulier car si elle permet de stimuler son immunité adaptative, elle expose, à un âge de fragilité immunitaire, à des infections plus graves et plus fréquentes (il en faut, mais…pas trop !) : infections respiratoires en particulier coqueluche, bronchiolites, OMA, tuberculose, les infections invasives, etc…. Tous ces enfants ont donc besoin d’être vaccinés.
Face à cela, qu’apporte le lait maternel pour protéger le nourrisson contre les infections invasives ou sévères ?
En ce qui concerne l’immunité adaptative, le lait maternel apporte essentiellement des IgA. Celles-ci sont spécifiques des antigènes déjà rencontrés par la mère. Cette spécificité est réelle mais limitée au compartiment muqueux.
Ces IgA ont un rôle important mais incomplet et non substitutif de la vaccination. Ils réalisent une première ligne de défense muqueuse, certes très utile, mais insuffisante vis-à-vis des maladies graves invasives. Ils limitent la réplication des agents pathogènes digestifs (Rotavirus, polio…) et respiratoires. Dans l’intestin, la production d’IgA est surtout induite lors de la colonisation des nouveau-nés par la flore intestinale et génitale maternelle, au cours de l’accouchement et dans les heures qui suivent. Tous les enfants en bénéficient donc, allaités ou pas (moins ceux nés par césarienne). Surtout, le lait maternel ne contient malheureusement que de faibles quantités d’IgG, avec un rôle probablement limité et encore incomplètement caractérisé.
D’autres agents anti-infectieux non spécifiques sont présents dans le LM et ont un intérêt. Ils n’apportent cependant pas non plus de protection spécifique contre les maladies. Il existe deux éléments essentiels dans le LM en faveur de l’immunité.
Le microbiote intestinal précoce. Il est fortement structuré par l’allaitement. Il est dominé ici par des bifidobactéries, dont la flore est multiple et très variable.
Le cycle entero-mammaire et la rétro-signalisation. Dès qu’une femme commence à allaiter, le cycle entéro-mammaire permet à des cellules B mémoire migrantes du tissu lymphoïde associé à l’intestin (GALT) de gagner les glandes mammaires. Elles s’y différencient en plasmoblastes productrices d’IgA sécrétoires spécifiques. Ainsi, les antigènes rencontrés par la muqueuse intestinale du nourrisson peuvent influencer la qualité des anticorps présents dans le lait, renforçant une forme de protection adaptative locale.
D’autre éléments interviennent aussi.
- Les Acides gras polyinsaturés à longues chaînes : ils augmentent le nombre de lymphocytes T mémoires et la réponse cytokine.
- Les Oligosaccharides : ils agissent comme des leurres (récepteurs analogues), empêchant les virus d’interagir avec la muqueuse intestinale. Ils sont un substrat sélectif pour certaines bactéries, surtout les bifidobactéries (effet « prébiotique »).
- Lysozyme, peroxydase, lipases, anti protéases, lactoferrine sont virucides.
- Le Lait de mère contient 106 à 107 cellules par ml dont 80% de Polynucléaires, 15% de macrophages et 5% de lymphocytes.
- Les Cytokines et les Chimiokines, contenues dans le lait, modulent les défenses immunitaires.
Au total, quel est l’impact clinique de l’allaitement sur l’immunité ?
L’allaitement maternel exerce un effet protecteur hétérogène selon le type de pathogène. Il est plus important pour les bactéries colonisant les muqueuses, intermédiaire pour les infections respiratoires virales et la coqueluche, et faible ou non démontré pour les infections toxiniques ou strictement dépendantes de l’immunité humorale systémique. Ces différences reflètent la nature principalement muqueuse et immunomodulatrice des composants du lait maternel, sans induction d’immunité spécifique systémique équivalente à celle des vaccins. (cf tableaux ci-dessous).
Pour la rougeole, par exemple, une des rares études humaines disponibles est observationnelle. A partir de la cohorte britannique de 1970 évaluée à l’âge de 5 ans, elle fait une analyse ajustée sur les facteurs socio-économiques et la vaccination. L’allaitement poursuivi plus de 3 mois versus l’absence d’allaitement, est associé à une réduction modeste mais réelle du risque de rougeole (OR ≈ 0,69 (IC 95 % 0,60–0,81). L’effet de la vaccination est nettement plus important : OR ≈ 0,14 (IC95% 0,13–0,16). Là aussi, LM et vaccins sont complémentaires
Données de diminution de l’incidence des principales maladies comparant enfants allaités versus non allaités (ordre de grandeur issu de méta-analyses, avec hétérogénéité importante)

L’efficacité protectrice de l’allaitement peut se résumer ainsi :
| Bactéries colonisantes
(Pneumocoque) |
Effet insuffisant pour avoir un intérêt clinique |
| Bactéries respiratoires
(Coqueluche) |
Effet modéré, agit surtout sur la gravité |
| Vius respiratoires
(VRS, Grippe) |
Effet modéré à variable |
| Toxines bactériennes
(Tetanos, Diphtérie) |
Nul à faible |
| Virus systémiques | Très faible, indirect |
Comparaison allaitement versus >Vaccination
| Fonction | Allaitement | Vaccination |
| Immunité spécifique systémique | NON | OUI |
| Immunité muqueuse | OUI | Variable |
| Mémoire immunitaire | NON | OUI |
| Protection infections invasives | Limitée | Elevée |
Pour les grands prématurés, le lait maternel est particulièrement important. Plusieurs études ont montré que l’apport, le plus rapide possible, de colostrum et de lait maternel cru, a un bénéfice sur le plan infectieux, prévenant les risques d’entérocolite ulcéro-nécrosantes et de sepsis. Mais comme on l’a vu, ultérieurement, sa vaccination en âge réel est indispensable et apporte une protection ultérieure sans commune mesure avec celle conférée par les apports lactés. Là aussi, LM et vaccins sont complémentaires.
Qu’en est-il de la vaccination d’une mère qui allaite ?
Pendant la période d’allaitement, la vaccination de la femme, induit une réponse immunitaire spécifique détectable dans le lait maternel, avec production d’IgA sécrétoires contre les Ag vaccinaux (documenté pour Covid et Grippe).
Par contre, les données disponibles ne montrent pas d’altération cliniquement significative de la réponse vaccinale chez les nourrissons allaités.
Enfin, l’allaitement ne contre-indique aucun vaccin, même vivant, chez la mère, mais nécessite des mesures de précautions pour la vaccination Fièvre Jaune.
Les données issues de la surveillance des vaccins à ARNm (COVID-19), aujourd’hui les mieux étudiées, montrent l’absence de passage significatif avec impact clinique démontré de matériel vaccinal actif dans le lait maternel. En revanche, des anticorps spécifiques (IgA et un peu d’IgG) sont retrouvés dans le lait, suggérant un transfert d’immunité muqueuse au nourrisson.
Seul le vaccin vivant contre la Fièvre Jaune impose la prudence.
Les antigènes vivants vaccinaux peuvent passer dans le lait maternel et devenir pathogènes pour le nourrisson (encéphalites). Cette transmission via le LM est très rare mais documentées chez des nourrissons en particulier petits de moins de 6 semaines. Pour une maladie de cette gravité, la balance risque-bénéfice est alors ici à discuter pour une mère obligée de partir dans une zone à risque ou y vivant (Afrique, Brésil sont exposés à des recrudescences régulièrement). Dans ces pays, l’allaitement est particulièrement important ET le risque de la FJ majeur. Certains conseillent d’arrêter temporairement l’allaitement dans les 15 jours après la vaccination. Il convient bien sûr de stimuler l’allaitement dans ce laps de temps, en tirant le lait et en le jetant, puis de reprendre l’allaitement par la suite… s’il ne s’est pas arrêté malheureusement entre temps. Le vaccin étant aussi contre-indiqué pendant la grossesse et une seule dose suffisant à vie, l’idéal ici aurait été d’avoir vacciné la mère susceptible de partir en zone à risque, avant tout projet de grossesse, afin de la protéger définitivement.
En conclusion, l’allaitement permet un meilleur « état général » immunitaire, surtout si on l’associe à l’accouchement par voie basse. C’est un bon adjuvant immunitaire. La protection qu’il donne peut-être spécifique (IgA), dépendant des agents rencontrés par la mère, mais elle est partielle, active surtout sur les infections muqueuses (digestives et respiratoires), sans protection systémique efficace contre les infections invasives. Opposer allaitement et vaccination est un non-sens. L’allaitement ne peut en aucun cas remplacer la vaccination. L’allaitement doit s’associer à celle-ci chaque fois que cela est possible. L’enfant doit être vacciné suivant le calendrier vaccinal en vigueur et la mère recevoir les vaccins indiqués chez elle. Faire croire à des parents que l’allaitement protège suffisamment les deux premières années de vie, c’est mettre leur enfant en danger. Un tel message engage la responsabilité médicale, morale, déontologique et scientifique de celui qui l’avance.
Fig1

Kohler and Farr. Nature 1966;21:1070, d’après JPIPA 2025 MA Dommergues, H Haas, Infovac
Fig 2

Evolution de la quantité et de l’affinité des Ac circulant en fonction des doses de primovaccination ou de rappel reçues, même tardivement.
(Maeva Lefebvre Infovac)
Fig 3

R. Cohen, H. Haas RIPA 01/2026
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