L’enfant qui ne naîtra jamais !
Pédiatrie Ambulatoire n°331 avril-juin 2026
Publié le 23.06.2026
par Jean-Jacques Rives
Certaines tumeurs intra-abdominales peuvent laisser perplexe.
Rareté monstrueuse le lithopédion, du grec : lithos « pierre » et paidos au génitif singulier « enfant ». Cette racine est à la base de notre spécialité : la pédiatrie.
Cela correspond à un fœtus non accouché, mort calcifié, sorte de momification interne.
Avec les moyens modernes de diagnostic il ne devrait plus être possible d’en arriver aux rares mais indiscutables descriptions anciennes.
■ L’enfant pétrifié de Sens. Il est resté 28 ans dans l’utérus de sa mère, prénommée Colombe, décédée à 68 ans, en 1582. Le mari ayant accepté l’autopsie, il fut trouvé une concrétion ovoïde intra-utérine. Cela a attiré de nombreuses curiosités ; Ambroise Paré en a publié un croquis dans son ouvrage : Des monstres et prodiges, en 1585. Cette concrétion a été exposée dans des cabinets de curiosités, alors à la mode en Europe. Actuellement il est considéré définitivement perdu.
■ L’enfant pétrifié de Toulouse au XVII° aurait été supporté pendant 25 années. L’autopsie est documentée.
■ L’enfant pétrifié de Leinzell, vers Stuttgart, date de 1674. Cette grossesse aurait été suivie de deux naissances vivantes : un garçon puis une fille. Le lithopédion serait conservé à Tubingen.
Il s’agirait le plus souvent de grossesses ectopiques, extra-utérines, abdominales.
Plus près de nous ; En 2002 une marocaine de 75 ans portait un fœtus depuis 46 ans.
En Colombie, en 2013, une femme de 84 ans aurait été enceinte de 40 ans, sans accoucher.
Le diagnostic différentiel concerne les tératomes, du grec teratos » monstre » et suffixe –oma « tumeur ». Il s’agit ici de tumeurs issues de tissus embryonnaires, le plus souvent ovariennes, à base de cellules appartenant aux feuillets germinaux ; ecto-, meso- et endoderme ceci expliquant la présence dans la tumeur de tissus variés provenant de ces origines embryologiques. C’est pourquoi il est classique d’y identifier des poils, cheveux ongles, dents, tissu adipeux ; il peut encore y avoir du tissu endocrine, responsable par ex. d’une sécrétion de thyroxine et donc d’une hyperthyroïdie.
Le plus fréquent est le kyste dermoïde, bénin, à croissance lente ; l’exérèse chirurgicale impose souvent l’ovariectomie unilatérale. La forme immature est heureusement rare car maligne et souvent chimio résistante ; la forme mono dermique est encore plus rare.
“Bien plus que le triangle des Bermudes, le monstre du Loch
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