Essai narratif, éthique et documenté

Il existe des fragilités nationales qui ne se dévoilent qu’avec le recul. Pendant des décennies, la santé publique française s’est énoncée comme un succès tranquille, presque naturel. Puis un jour, l’INSEE publie un tableau qui remet en cause cette forme d’auto-suffisance qui s’était établie au fil du temps comme une évidence : l’espérance de vie en France progresse désormais moins vite que chez nos voisins européens, et connaît même des baisses ponctuelles [1]. Ce n’est pas un bruit, mais un indice qui peut devenir une marque pour le scientifique et un signe pour le politique, celui d’une nécessaire remise en cause de ses choix. Et un signe ne doit jamais être négligé, surtout lorsqu’il parle des plus jeunes.


Dr Claude Valentin

Pour Pédiatres du Monde et le Comité d’éthique de l’AFPA 23 novembre 2025

La prévention : une alliance qui se délite en silence

La fin du XXᵉ siècle avait instauré un certain confort : de 1980 à 2010, deux à trois mois de vie gagnés chaque année [1]. Une victoire sans triomphalisme, le fruit d’une vigilance collective. Puis, presque sans que personne ne s’en alarme, la courbe s’est infléchie.

Les années 2015, puis 2020–2022, ont même vu des reculs, liés à une combinaison meurtrière : virus saisonniers agressifs, canicules répétées, Covid-19 [1]. Nul besoin d’être  grand clerc pour comprendre que vivre plus longtemps n’a de sens que si l’on vit mieux. Or l’espérance de vie en bonne santé demeure bloquée autour de 64 ans, l’une des plus faibles d’Europe occidentale [2].Ce n’est pas un simple accident statistique. C’est le prix d’un renoncement progressif : celui d’une prévention sous-financée [3], d’une gouvernance éclatée, des métiers oubliés, des décisions trop souvent guidées par l’urgence du présent. Prévenir demande du temps — et paradoxalement à l’heure de l’IA, notre époque n’en a plus. Pourtant  le soin tardif, lui, coûte infiniment plus [4].

Encadré — Ce que dit une courbe

1980–2010 : progression continue

Après 2010 : ralentissement net

Reculs : 2015, 2020–2022

Espérance de vie en bonne santé ≈ 64 ans [1,2]

Le futur dépend de ce qui se joue dans les vingt premières années de vie.

L’injustice des chiffres : la santé à l’épreuve des données

Vous êtes intéressés par les articles de Revue Pédiatrie Ambulatoire ?
Abonnez-vous dès maintenant et accédez à tous nos articles ! s’abonner à partir de 50€/An