Incertitude diagnostique en pédiatrie : “j’ai peur de passer à côté de quelque chose”
Pédiatrie Ambulatoire n°330 janvier-mars 2026
Publié le 15.02.2026
par Pierre-Etienne Truelle
A partir d'une intervention lors du congrès de la SFP à Lyon. Juin 2025
Pierre-Etienne Truelle, pédiatre, Maison des Adolescents de Cochin, Paris.
Rédaction : Sylvie Sargueil
Les « maladies médicalement inexpliquées » ou troubles somatiques fonctionnels mettent les médecins en difficulté. Vouloir à tout prix à éliminer toute pathologie organique avant d’envisager un trouble psychique ou fonctionnel est une impasse qui mène à une surmédicalisation sans soulager l’inquiétude des patients ni des médecins. Il serait intéressant d’apprendre à composer avec l’incertitude, à discuter sa pratique et à déconstruire les biais cognitifs qui engendrent ces situations.
Voici l’histoire d’un jeune garçon porteur d’une drépanocytose sévère qui a justifié plusieurs passages aux urgences et des hospitalisations itératives en réanimation pour des épisodes de douleurs intenses. Il revient à l’hôpital pour un nouvel épisode de douleurs multifocales importantes en faveur d’une crise vaso-occlusive. Il hurle de douleur. Les lignes thérapeutiques d’antalgiques se succèdent rapidement sans efficacité dans l’espoir de faire céder cette douleur massive. Le jeune homme geint à la moindre sollicitation, refuse le contact. L’escalade thérapeutique se poursuit jusqu’à l’administration de kétamine en continu durant des semaines. Pourtant les douleurs persistent, évaluées à 10/10 par le garçon qui demeure prostré au fond de son lit. Les rideaux sont fermés, il ne parle plus, ne se nourrit plus. Les soignants se sentent dépassés et chacun s’interroge sur le bienfondé de la prise en charge, la tension monte au sein de l’équipe. Certains incriminent le patient, d’autres l’incompétence des médecins.
Quand des biais cognitifs orientent la prise en charge
Le premier biais en cause est le biais cognitif d’ancrage qui correspond au fait que les premières informations reçues, ici le diagnostic de drépanocytose sévère et les antécédents d’hospitalisation, orientent d’emblée le reste du raisonnement.
La pensée s’ancre sur ce qu’elle connaît.
Il a en effet été démontré que le simple fait de recevoir une information, même fausse, influence directement la pensée et la manière de réagir.
D’autres mécanismes cognitifs se sont surajoutés : le biais de satisfaction qui consiste à arrêter de chercher une fois qu’on pense avoir trouvé et l’effet tunnel qui incite à retenir préférentiellement les i
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