Emmanuelle Piquet, thérapeute selon l’École de Palo Alto, maître de conférences à l’Université de Liège

Lorsque nous supervisons des pédiatres, des situations d’insomnie nous sont souvent amenées par ces derniers. Ces situations sont complexes, car même si elles montrent globalement une symptomatologie assez monochrome, les tentatives mises en œuvre par nos jeunes patients et leurs parents pour trouver le sommeil sont parfois très différentes, même si assez systématiquement inopérantes. Nous devons donc en quelque sorte installer une caméra dans le cerveau des enfants et une caméra sur l’épaule de leurs parents pour bien comprendre ce qui se joue et les aider à emprunter un virage à 180° apaisant, à l’inverse de ce qu’ils ont tenté de mettre vainement en œuvre jusque-là. Un virage par définition singulier. En voici quelques exemples.

Quand la volonté s’en mêle

Sacha, 10 ans.

  • «Je me dis, dors, Sacha, il faut que tu dormes, sinon ta journée de demain va mal se passer (c’est vrai, ça se passe mal le lendemain quand je n’ai pas réussi à m’endormir tôt, je suis comme avec une sensation de coton dans le cerveau, je me sens super mal). Mais je n’y arrive pas, je me retourne, je regarde l’heure, je prends un livre, j’essaie de penser à une rivière sur laquelle je me laisserais porter (c’est maman qui m’a dit de faire ça), j’essaie de faire comme un berceau avec mes bras et mes jambes et de les rendre les plus lourds possible (c’est tata qui m’a dit de faire ça), je vais faire pipi, je bois un verre d’eau. Des fois un de ces trucs marche, mais c’est rare.Seulement quand je suis épuisé ».

Dans ces situations-là, nous utilisons la métaphore du train du sommeil : il vient à certaines heures précises sans prévenir et puis il repart. Et si on n’a pas réussi à prendre celui de 21 heures parce qu’on est arrivé en retard (normal, on ne nous avait pas donné l’horaire), ça ne sert à rien de prier sur le quai pour qu’il fasse demi-tour, ni d’aller voir au guichet pour se plaindre (d’autant qu’on prend le risque ainsi de louper le train d’après). C’est la SNCF des rêves qui décide aléatoirement du prochain train du sommeil, pas nous.

La question, à partir de là, c’est que faire de ce temps entre deux trains ? Autant s’en servir pour faire des choses qu’on n’a pas envie de faire mais qu’il faut pourtant faire. Comme ranger sa chambre, classer ses livres, lire u

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